Avec Spider-Noir, l’univers de Spider-Man abandonne les voltiges lumineuses et les punchlines adolescentes pour s’enfoncer dans les ruelles humides d’un New York gangrené par le crime. La nouvelle série de Prime Video, portée par un Nicolas Cage habité, transforme le célèbre tisseur en détective privé désabusé, directement sorti d’un polar hollywoodien des années 1940.
Il est la nuit…
Ici, pas de héros virevoltant ni de bataille apocalyptique. Ben Reilly a raccroché le costume depuis la mort brutale de Ruby, la femme qu’il aimait. Vieilli, usé, alcoolisé, il survit désormais dans un bureau enfumé où défilent maris jaloux, et hommes de main à la solde de figures criminelles notoires.
Le personnage, déjà aperçu dans l’univers animé Spider-Verse, devient ici le centre d’une œuvre qui revendique totalement son amour du film noir classique. Chaque plan semble pensé comme une lettre d’amour au cinéma de Humphrey Bogart. La série évoque autant Sin City que le Batman animé des années 1990, tout en recréant un New York à la fois élégant et oppressant.
L’esthétique constitue d’ailleurs l’une des plus grandes forces du projet. Prime Video propose la série en deux versions : en couleur et en noir et blanc, mais tout indique que Spider-Noir a été conçu pour être découvert dans ce second format. Les contrastes y gagnent une profondeur spectaculaire et chaque rayon de lumière devient un élément dramatique à part entière. La version couleur, plus expérimentale, réserve toutefois quelques effets visuels étonnants qui donnent parfois envie de revoir certaines scènes sous un autre angle.

Une interprétation remarquable
Cette approche très stylisée pourra sans doute diviser les spectateurs, mais la série trouve son équilibre grâce à l’interprétation de Nicolas Cage. L’acteur semble prendre un plaisir immense à jouer ce détective cassé par la vie, sa présence suffit souvent à électriser l’écran. Face à lui, Brendan Gleeson apporte quant à lui une puissance brute, qui renforce encore l’ambiance pesante de cette ville rongée par la corruption.

Le récit lui-même adopte pleinement les codes du genre : voix off désabusées, manipulations, trahisons et enquêtes de polar. Les super pouvoirs existent toujours, mais ils restent rares et utilisés avec retenue, les affrontements privilégiant la brutalité à l’acrobatie.
Produite par Phil Lord et Christopher Miller, déjà à l’origine de Spider-Man: New Generation, la série démontre qu’il est encore possible de proposer une vision radicalement différente d’un personnage aussi populaire que Spider-Man. À contre-courant des productions Marvel ultra calibrées, Spider-Noir ose salir et assombrir son héros.
