Quand on s’intéresse un peu au cinéma, un peu remarquer que certains films sont qualifiés un peu rapidement de “lovecraftiens”. Il suffit d’y croiser un culte obscur, une créature antique ou une allusion aux Grands Anciens pour convoquer l’ombre de H. P. Lovecraft. Pourtant, l’horreur cosmique imaginée par l’écrivain américain ne se limite pas à un folklore : elle repose sur l’idée d’un monde fondamentalement incompréhensible, indifférent à l’humanité.
Une horreur suggérée plutôt qu’exhibée
Dans ce paysage souvent approximatif, un film se distingue nettement : Le Rituel, réalisé par David Bruckner et diffusé notamment sur Netflix. Sorti en 2017, il propose une approche de l’horreur qui s’inscrit on ne peut mieux dans l’esprit du mythe lovecraftien.
Le point de départ est classique : quatre amis entreprennent une randonnée en Scandinavie en mémoire d’un cinquième compagnon, victime d’une agression mortelle. Dès les premières séquences, le film installe un climat de tension. La disparition brutale de l’ami, dans un cadre urbain banal, ancre le récit dans une réalité crédible avant le basculement progressif vers l’étrange.
La structure narrative emprunte aux codes du survival et du thriller psychologique : isolement, forêt oppressante, perte de repères. Toutefois, le film évite les excès spectaculaires. La mise en scène privilégie la lenteur, la suggestion et la montée graduelle du malaise.
L’une des forces du film réside dans son traitement visuel. Contrairement à de nombreuses productions horrifiques contemporaines, Le Rituel ne multiplie ni les effets gore ni les apparitions prolongées de la créature. Les manifestations du surnaturel sont brèves, fragmentaires, parfois ambiguës. Le spectateur perçoit sans jamais tout saisir.

Cette retenue empêche toute forme d’accoutumance. L’horreur ne devient jamais familière, ce qui renforce son impact.
Mythe nordique et inconnaissable
Le film évoque un “rejeton de Loki”, appartenant aux Jötnar de la mythologie nordique. Cette tentative d’explication demeure toutefois partielle. Le récit suggère que le cadre mythologique n’est qu’un biais culturel, une manière pour les personnages de nommer ce qu’ils ne peuvent comprendre.
C’est précisément sur ce point que le rapprochement avec l’univers de H. P. Lovecraft prend tout son sens. L’horreur n’est pas ici magique au sens traditionnel ; elle est radicalement étrangère. Elle ne provient pas d’un “autre monde” clairement délimité, mais semble tapie en marge du réel.

Enfin, le film ne s’appuie pas sur des figures héroïques. Les protagonistes sont faillibles, parfois antipathiques, et souvent divisés par leurs rancœurs. Cette absence d’idéalisation contribue à la tonalité pessimiste de l’ensemble du film, et ajoute un poids supplémentaire à cette ambiance si pesante.
En définitive, plus qu’un simple récit d’horreur en forêt, il offre une illustration convaincante de ce que peut être une véritable expérience “lovecraftienne” au cinéma : une confrontation avec l’incompréhensible, où la survie ne signifie ni salut ni rédemption. Alors si vous aussi vous êtes passés à côté de ce film en 2017, il est encore temps de vous rattraper sur Netflix !
