Ubisoft traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Confronté à une dégradation brutale de ses perspectives financières, l’éditeur français de jeux vidéo a annoncé une série de décisions majeures visant à redresser sa trajectoire, au prix de lourds sacrifices créatifs, humains et économiques.
Projets abandonnés et nouvelle organisation
Au cœur de cette restructuration figure l’arrêt définitif du développement de six jeux vidéo. Parmi eux, le très attendu remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, pourtant en production depuis plusieurs années. À cette annulation s’ajoutent quatre titres qui n’étaient jusqu’alors pas encore annoncés (dont plusieurs nouvelles licences) ainsi qu’un projet destiné au marché mobile.
Parallèlement, Ubisoft a choisi de ralentir volontairement le développement de sept autres jeux, leur accordant un délai supplémentaire afin d’atteindre des standards de qualité jugés indispensables dans un marché devenu extrêmement compétitif.

Pour accompagner ce recentrage stratégique, le groupe opère un virage organisationnel inédit. Ubisoft va désormais s’appuyer sur cinq « maisons de création », chacune dédiée à un genre précis et dotée d’une autonomie financière et décisionnelle renforcée. Cette structure devrait permettre une meilleure lisibilité créative et une allocation plus rigoureuse des ressources.
Environ la moitié des studios du groupe seront intégrés à ces entités, tandis que les autres formeront un réseau de soutien chargé d’apporter expertise technologique, production, marketing et distribution. Le siège, basé en région parisienne, conservera quant à lui un rôle central dans la définition des priorités stratégiques et l’arbitrage des investissements.
Réduction des coûts et impact social
Cette réorganisation s’accompagne d’un constat financier sévère. Ubisoft anticipe désormais une perte opérationnelle avoisinant le milliard d’euros sur l’année en cours, alors que leur prévision initiale était proche de l’équilibre.
Certaines fermetures de studios ont déjà été confirmées, comme celles de Stockholm et Halifax, illustrant le coût humain immédiat de cette stratégie. Une décision assumée par la direction, qui estime que l’industrie du jeu vidéo AAA est entrée dans une ère plus sélective, marquée par l’explosion des budgets de développement et la difficulté croissante à faire émerger de nouvelles marques fortes.

Pour Yves Guillemot, PDG et cofondateur du groupe, ces mesures constituent un passage obligé. Si le recentrage du portefeuille pèsera lourdement sur les résultats à court terme, notamment sur les années 2026 et 2027, la direction affirme que cette refonte est indispensable pour restaurer la solidité financière du groupe et retrouver, à terme, une dynamique de croissance durable.
Ubisoft entre ainsi dans une nouvelle phase de son histoire, avec l’ambition de reconquérir son influence créative dans un secteur où l’erreur ne pardonne plus — mais où l’immobilisme serait fatal.
