Avec The Bride !, Maggie Gyllenhaal s’attaque à l’un des mythes les plus célèbres de la littérature fantastique : celui né du roman de Mary Shelley et immortalisé au cinéma par La Fiancée de Frankenstein de James Whale en 1935. Depuis des décennies, studios, réalisateurs et stars ont tenté de revisiter ce classique sans jamais parvenir à concrétiser leurs projets. Plusieurs noms prestigieux (de Martin Scorsese à Sam Raimi, en passant par Javier Bardem ou encore Angelina Jolie) ont été associés à des tentatives avortées.
Une cavale monstrueuse au cœur de l’Amérique
La cinéaste américaine est finalement celle qui aura réussi à porter cette nouvelle adaptation à l’écran. Mais la gestation du film n’a pas été de tout repos : initialement développé pour Netflix, le projet a finalement été repris par Warner, tandis que sa sortie a été repoussée d’octobre 2025 à mars 2026, le privant au passage d’une potentielle carrière aux Oscars.

L’histoire s’intéresse à Frank, la créature de Frankenstein, qui vit depuis près d’un siècle avec un sentiment d’isolement de plus en plus insupportable. Dans l’espoir de rompre cette solitude, il se rend à Chicago pour solliciter l’aide d’une brillante scientifique, le docteur Euphronious. Celle-ci accepte de lui créer une compagne en ressuscitant une femme assassinée. Mais la nouvelle créature n’entend pas rester une simple création destinée à combler la solitude de son partenaire. Très vite, elle revendique son autonomie et son droit à décider de sa propre existence. Lorsque Frank tue deux hommes qui tentaient de l’agresser, les deux monstres deviennent alors des fugitifs traqués par la police, notamment par les inspecteurs Jake Wiles et Myrna Mallow. Leur fuite à travers le pays se transforme alors en une cavale hors norme, évoquant parfois l’esprit de Bonnie and Clyde.
Le long métrage assume pleinement sa nature composite. Romance tragique, thriller policier, road movie criminel, comédie musicale et film d’horreur gothique s’y entremêlent dans une mise en scène volontairement flamboyante.
Cependant, à force de vouloir embrasser de nombreux genres et thèmes, The Bride ! peut parfois sembler trop dense. Son récit se disperse et certaines idées ne sont qu’esquissées, donnant l’impression qu’il nous manque des pièces du puzzle.
Une proposition ambitieuse
L’un des partis pris les plus marquants du film consiste à donner enfin une voix à la fiancée de Frankenstein. Là où le film de 1935 la réduisait presque au silence, Maggie Gyllenhaal fait d’elle un personnage central, déterminé à choisir sa propre destinée.
Dans cette version, la créature devient progressivement un symbole d’émancipation pour les femmes du début du XXe siècle. À travers ce personnage, le film aborde les thèmes du sexisme, des violences faites aux femmes et des restrictions imposées à leur liberté à l’époque.

Le film repose largement sur l’alchimie entre ses deux interprètes principaux. Jessie Buckley incarne une fiancée à la fois imprévisible et fascinante. Elle interprète également Mary Shelley elle-même, narratrice étrange qui ponctue le récit de commentaires parfois délirants.
Face à elle, Christian Bale prête à la créature de Frankenstein une humanité inattendue. Son monstre, cultivé et sensible, aspire simplement à ne plus être seul. Leur relation tumultueuse forme le cœur émotionnel du film.

Autour d’eux, le casting secondaire se montre tout aussi solide : Annette Bening campe la scientifique qui donne naissance à la fiancée, Penélope Cruz incarne une inspectrice brillante mais sous-estimée par ses collègues masculins, Peter Sarsgaard joue son partenaire d’enquête et Jake Gyllenhaal apparaît en star de comédies musicales admirée par le monstre.
À l’image du point d’exclamation qui ponctue son titre, The Bride ! embrasse pleinement le chaos pour proposer une relecture flamboyante du mythe de Frankenstein.
