Avec Resident Evil Requiem, Capcom orchestre une rencontre inattendue entre les différentes époques de sa saga culte. Le studio tente de faire cohabiter la tension horrifique des débuts, la nervosité plus musclée des épisodes orientés action et l’approche immersive instaurée avec l’épisode sept. Après les envolées gothiques et fantastiques de Resident Evil Village, retour à un décor bien plus symbolique : Raccoon City, réduite à l’état de vestige calciné.
Quand Grace hésite, Leon agit
Au menu de ce nouvel opus, deux trajectoires distinctes : Grace Ashcroft, analyste du FBI hantée par son passé, et l’inusable Leon S. Kennedy. Ce choix narratif pose immédiatement la question centrale : pourquoi revenir là où tout a commencé, et à quel prix ?

Le jeu s’ouvre sur une atmosphère lourde, presque étouffante. Envoyée dans l’hôtel Wrenwood, Grace avance à pas mesurés dans un environnement qui fleure bon les racines de la série. Couloirs exigus, clés disséminées, notes abandonnées : l’ADN historique de la franchise transpire à chaque recoin. Bien qu’entraînée, Grace reste fragile, marquée par un traumatisme encore omniprésent. L’introduction, dense et pesante, installe un rythme plus introspectif que véritablement spectaculaire.
L’arrivée de Leon marque ensuite une rupture nette. Missionné pour traquer un ancien cadre d’Umbrella, il entre en scène avec l’assurance qu’on lui connaît depuis Resident Evil 2. Son gameplay évoque directement Resident Evil 4 : coups de pied dévastateurs, affrontements plus soutenus, gestion d’un arsenal conséquent. Le contraste entre les deux personnages structure l’aventure, instaurant des transitions infiltration / action efficaces.

Formule maîtrisée et retour aux sources
Chaque environnement adopte une structure similaire : exploration, résolution d’énigmes, allers-retours dans des zones qui s’ouvrent progressivement. Si la sensation de découverte demeure réelle grâce à un soin évident apporté aux décors, le schéma général manque parfois d’audace. Les énigmes, plus cohérentes et moins extravagantes qu’autrefois, gagnent en crédibilité. On sent une volonté de rationaliser l’univers, de le rendre plus “terre à terre”.
Pour relancer la tension, le jeu introduit une figure traqueuse rappelant Lady Dimitrescu de Resident Evil Village, ou encore l’effrayant Nemesis de Resident Evil 3. Ici, La Fille rôde, fuit la lumière et peut surgir dans des espaces que l’on croyait sûrs.

L’écriture adopte un ton moins excessif que dans l’opus précédent, et ce changement est bienvenu. Loin des extravagances gothiques de Village, le scénario privilégie l’intime. Grace affronte ses blessures, Leon affiche une lassitude teintée de nostalgie alors que ses pas le ramènent à Raccoon City.
Visuellement, le titre exploite encore le RE Engine avec efficacité : éclairages maîtrisés, environnements détaillés, animations percutantes. Toutefois, certains défauts techniques persistent : chevelures au comportement parfois extravaguant, collisions imparfaites, petits bugs d’affichage. Rien de bien dramatique, mais des signes d’usure commencent malgré tout à apparaître.
Resident Evil Requiem s’apparente à une synthèse soigneusement assemblée des différentes ères de la franchise. L’expérience tient solidement sur une douzaine d’heures, portée par son ambiance et la complémentarité de ses deux protagonistes. Moins exubérant que certains prédécesseurs, plus ancré dans son héritage, Requiem joue la carte de la maturité, et c’est une bonne chose !
