Le 30 janvier 2026, un film inattendu s’est invité au sommet du box-office américain. Iron Lung, long métrage indépendant auto-produit, s’est hissé à la deuxième place des recettes avec 18 millions de dollars dès son premier week-end (un résultat bien au-delà de son budget estimé à 3 millions). Après plusieurs semaines d’exploitation, il approche les 45 millions de dollars à l’international. Un exploit d’autant plus remarquable qu’aucun grand studio ni distributeur majeur ne soutenait le projet.
Du jeu vidéo au cinéma
Derrière cette percée, un nom bien connu du web : Markiplier. De son vrai nom Mark Fischbach, le créateur américain aux dizaines de millions d’abonnés sur YouTube endosse ici presque tous les rôles : réalisateur, co-scénariste, producteur et acteur principal. Avec Iron Lung, il signe son premier film destiné aux salles obscures, une première pour un YouTubeur (à cette échelle, du moins).

Le film adapte le jeu indépendant Iron Lung, conçu par David Szymanski et sorti en 2022. Le titre s’est rapidement imposé comme un favori des créateurs de contenu spécialisés dans l’horreur, Markiplier lui-même avait contribué à sa popularité en partageant son lets play devenu viral.
Le concept est minimaliste et radical : un prisonnier anonyme est enfermé dans un sous-marin vétuste, chargé d’explorer un océan de sang sur une lune dévastée, dans un univers post-apocalyptique. Aucune sortie possible. Aucune vue dégagée sur l’extérieur. Seuls des clichés pris par une caméra externe offrent de brèves visions de cet environnement hostile, tandis qu’une présence inconnue semble rôder dans les profondeurs.

Un huis clos sensoriel
À l’écran, l’adaptation reste fidèle au jeu. Pendant 2h07, le spectateur partage l’enfermement du protagoniste. L’habitacle exigu du submersible dans lequel il est enfermé impose un véritable huis clos où chaque détail compte.
Craquements métalliques, vibrations sourdes, chocs lointains… le son devient l’outil principal pour matérialiser la menace invisible. Cette approche renforce une atmosphère oppressante, teintée d’horreur cosmique et d’influences lovecraftiennes, où l’inconnu dépasse l’entendement humain.
La performance de Markiplier, seul à porter l’essentiel du récit, traduit progressivement la détérioration mentale de son personnage. Isolement, paranoïa : la tension psychologique constitue le cœur du film.
La réussite commerciale d’Iron Lung dépasse le simple coup d’éclat. Elle témoigne de la puissance des communautés en ligne et de leur capacité à transformer un projet indépendant en phénomène culturel. Sorti à une période traditionnellement creuse pour les blockbusters, le film a bénéficié d’un bouche-à-oreille massif, porté par les fans du créateur et par les amateurs d’horreur atypique. Le film est cependant sorti de manière assez confidentielle en France avec seulement deux dates de projections, les 19 et 20 Février.
Reste une question : l’engouement est-il uniquement lié à la notoriété de son créateur et à la fanbase du jeu, ou le film peut-il séduire un public totalement novice ? Si certains spectateurs pourraient rester à distance face à son minimalisme assumé, d’autres y verront la preuve qu’un concept simple, exploité avec cohérence et audace.