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Takeshi Kitano: Du rire aux larmes, du sang aux fleurs

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Takeshi Kitano est un artiste aux multiples facettes, qui a marqué le cinéma japonais et international par son style singulier et sa vision du monde. Focus.

Des quartiers pauvres de Tokyo à la consécration internationale: itinéraire d’un touche à tout

Takeshi Kitano est né le 18 janvier 1947 dans les quartiers populaires de Tokyo, en plein cœur de l’après-guerre japonaise. Il est le benjamin d’une famille modeste. Son père, Kikujiro, était peintre en batiment, mais son implication présumée avec les yakuza créait une distance entre lui et son fils. Kitano se souvient de cette époque marquée par l’absence de communication réelle avec son père, ce dernier étant contraint de travailler beaucoup pour subvenir aux besoins de la famille, bien qu’il dépensait la majeure partie dans l’alcool et les femmes:

 » Petit garçon, je vivais entouré de yakuzas, des amis et des relations de mon père, mais je n’avais pas conscience qu’ils étaient différents. Ils me filaient un peu d’argent, de la monnaie pour m’acheter des bonbons. C’était mon univers familier. C’est à l’école qu’on m’a dit qu’ils étaient infréquentables car ils faisaient du mal »

D’un autre côté, sa mère, Saki, a joué un rôle déterminant dans son éducation. C’était une femme fière qui s’efforçait d’inculquer à ses enfants des valeurs de droiture et de respect. Elle n’hésitait pas à utiliser des méthodes strictes, parfois violentes, pour enseigner les usages du monde à ses enfants. La famille a dû surmonter de nombreuses épreuves pendant cette période de pauvreté extrême qui a touché le japon après la Seconde Guerre mondiale.
Les défis auxquels il a dû faire face pendant cette période, ainsi que la présence prédominante des gangs de la mafia dans son quartier, laisseront une empreinte indélébile dans la vie de Kitano.


À l’aube de l’âge adulte, Takeshi Kitano prend une décision audacieuse en abandonnant ses études universitaires. Après avoir enchaîné divers petits emplois pour joindre les deux bouts, l’année 1972 marque un tournant décisif dans sa vie. À cette époque, il quitte sa famille pour s’installer dans le célèbre quartier d’Asakusa à Tokyo, animé par l’ambition de devenir comédien.

Le destin lui sourit lorsqu’il est engagé au sein du club de striptease « Français ». Entre les numéros de strip-tease, Kitano a l’opportunité d’endosser le rôle d’humoriste de cabaret. Cependant, le hasard joue un rôle crucial dans son ascension. Une nuit, l’un des humoristes prévus pour monter sur scène se retrouve dans l’incapacité de se produire, et c’est ainsi que le jeune Kitano est appelé à la rescousse pour le remplacer. Cette opportunité fortuite change le cours de sa vie.

Depuis ce moment décisif, Takeshi Kitano passe de nombreuses années à travailler au sein de cet établissement. Sous la tutelle du célèbre comédien Senzaburo Fukami, il acquiert une expertise en danse, en jeu d’acteur et explore les nuances du théâtre satirique japonais classique. Cette expérience jette les bases de sa carrière artistique et lui permet de rencontrer Kiyoshi Kaneko avec qui il crée un « manzai », un duo comique, nommé « The two beats ».

Beat Takeshi et Beat Kiyoshi, rompant radicalement avec la tradition du manzai, offrent un spectacle singulier : Beat Takeshi engage des discussions avec Beat Kiyoshi, qui peine à suivre, interrompant constamment pour tenter de comprendre.

Le succès est immédiat, bien que leur style, pour le manzai, soit audacieux (Kitano suit le modèle de Youshichi, une de ses inspirations, débitant à un rythme soutenu et sur un ton impertinent). Le duo devient rapidement célèbre, jouant à guichets fermés. Au-delà d’un style que certains pourraient considérer comme vulgaire, Kitano aborde des sujets délicats de l’époque, tels que la mort, la race, le sexe et la maladie, le tout avec humour. De plus, il n’hésite pas à se moquer des femmes, des personnes âgées, des enfants ou des handicapés dans ses sketches.

En 1976, le duo est repéré par un producteur exécutif de la chaîne NHK qui découvre l’un de leurs sketches à la télévision. La NHK étant la principale chaîne de télévision japonaise, Kitano et Kaneko sont priés de censurer leur langage.

Cependant, cette demande provoque l’effet inverse : le duo se déchaîne et pousse encore plus loin ses propos (ce qui entraîne également le licenciement du producteur qui les avait découverts), en enchaînant des sketches de plus en plus absurdes.

Malgré les critiques mitigées, « The Two Beats » devient de plus en plus populaire auprès du public. Cependant, on leur reproche de présenter des sketches vulgaires qui ne relèvent pas de la comédie, ce qui leur vaut une suspension d’antenne d’un an.

Vers la fin des années 1970, Kitano ressent le besoin de changer de registre. Il souhaite montrer une autre facette de son talent d’acteur, plus sombre et personnelle. Il commence à jouer de plus en plus en solo, avec un profond désir de devenir plus qu’un simple amuseur public. Suivant les conseils de son ami, le réalisateur Nagisa Oshima, il s’éloigne de la comédie et commence à interpréter des rôles plus dramatiques. Il lui donne son ce que Kitano considère encore comme son premier vrai rôle au cinéma dans le film « Furyo ». Dans ce long métrage, Takeshi interprète le personnage du sergent Gengo Hara, qui évolue au sein d’un camp de prisonniers de guerre en Indonésie pendant la Seconde Guerre mondiale.

takeshi kitano dans furyo
Takeshi dans Furyo de Nagisa Oshima

Après plusieurs autres apparitions, majoritairement dans des comédies, Takeshi rejoint en 1989 le casting de « Violent Cop », où il incarne un détective sociopathe qui répond à la violence par la violence. Lorsque le réalisateur initial, Kinji Fukasaku, tombe malade, Takeshi propose de prendre les rênes du film. Il effectue des modifications significatives au scénario, transformant son personnage en un antihéros solitaire et marginal. Le film connaît un succès tant commercial que critique au Japon, marquant ainsi le début de la carrière de réalisateur de Takeshi.

En 1990, il réalise « Jugatsu », son deuxième film en tant que réalisateur et le premier en tant que scénariste. Le film suit l’histoire d’un jeune homme dont l’entraîneur de baseball est menacé par un yakuza local, l’incitant ainsi à se rendre sur l’île d’Okinawa avec un ami pour obtenir des armes et assouvir sa vengeance. Sur leur chemin, ils croisent la route d’un gangster psychotique interprété par Takeshi lui-même, qui poursuit également sa propre quête de vengeance. Avec une maîtrise totale du scénario et de la réalisation, Takeshi met en avant son style caractéristique : une violence choquante, un humour noir singulier et des plans fixes imperturbables. Malgré cela, le film ne parvient pas à la rentabilité lors de sa sortie initiale.

Le troisième film de Takeshi, « A Scene at the Sea », sort en 1991. Le film abandonne le film de gangsters pour raconter l’histoire d’un éboueur sourd déterminé à apprendre à surfer après avoir trouvé une planche de surf endommagée lors de son travail. Une jeune femme, également sourde, suit ses progrès et l’assiste autant que possible. Le film présente une facette plus romantique et tendre de Takeshi, tout en conservant son humour pince-sans-rire, une de ses marques de fabrique.

A scene at the sea de takeshi kitano
A scene at the sea

C’est après la sortie de « Sonatine » en 1993, son quatrième film, que les spectateurs étrangers, en nombre croissant par rapport à son public national, ainsi que la presse européenne, notamment française, commencent à s’intéresser davantage à ses films. Il y incarne un yakuza de Tokyo envoyé par son patron à Okinawa pour mettre fin à une guerre des gangs. Fatigué de sa vie de gangster, le personnage découvre que toute la mission était une supercherie.

sonatine melodie mortelle kitano
Sonatine, Mélodie mortelle

L’influence des films dirigés par Takeshi provient de divers horizons, notamment le cinéma américain, le cinéma japonais et le maître du yakuza eiga (films sur la pègre japonaise moderne), Kinji Fukasaku, à qui il rend hommage dans « Sonatine ».

En 1995, la sortie de « Getting Any? » montre Takeshi revenir à ses racines dans la comédie. Le film, qui est essentiellement une série de scènes comiques, tourne autour du personnage d’Asao, obsédé par l’idée de faire l’amour dans une voiture. Une grande partie du film se moque de la culture populaire japonaise, incluant des références à Ultraman, Godzilla et même au personnage de Zatoichi, que Takeshi lui-même revisitera huit ans plus tard. La même année, Takeshi apparaît dans le film de science-fiction « Johnny Mnemonic » réalisé par Robert Longo.

En 1996, Takeshi réalise « Kids Return ». Jusque-là, ses films avaient déjà acquis une grande notoriété auprès des cinéphiles et amateurs étrangers de cinéma d’art et d’essai. En 1997, « Hana-bi » confirme son statut de cinéaste majeur du cinéma japonais moderne, lui valant notamment le prestigieux Lion d’or à la Mostra de Venise.

En parallèle, Takeshi continue de jouer pour d’autres réalisateurs, et parmi ses rôles significatifs, on peut citer celui du samouraï Hijikata Toshizō, vice-commandant du Shinsen gumi, dans « Tabou » (1999) de Nagisa Ōshima, ainsi que celui du professeur Kitano dans « Battle Royale » (2000).

En 1999, Takeshi fait forte impression en incarnant Kikujiro (du nom de son père) dans le film éponyme, « L’Été de Kikujiro ». Il y apparaît comme un petit escroc bon à rien qui finit par faire équipe avec un jeune garçon à la recherche de sa mère.

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L’été de Kikujiro

En 2001, son film « Aniki, mon frère », tourné à Los Angeles, le montre dans le rôle d’un yakuza de Tokyo chargé de mettre en place un empire de la drogue à Los Angeles avec l’aide d’un gangster local interprété par Omar Epps. Malgré un battage médiatique considérable entourant son premier film en langue anglaise, le film reçoit un accueil mitigé. . Aux États-Unis, en particulier, Takeshi devient la cible de nombreuses critiques. Cependant, en Europe et en Asie, la critique est plus clémente, bien qu’elle ne soit plus aussi élogieuse qu’auparavant pour les films de Takeshi.

En 2002, il réalise « Dolls », un film où il ne joue pas, qui raconte trois histoires différentes d’amour éternel.

Puis l’année suivante, en 2003, Takeshi réalise et interprète « Zatoichi », une adaptation du samurai aveugle le plus connu du japon, où il se teint les cheveux en blond, contrairement à la tradition où les interprètes de Zatoichi avaient tous les cheveux noirs. Le film connaît un grand succès au box-office japonais et reçoit un accueil favorable lors de sa sortie internationale aux États-Unis, en Europe et en Asie. Il remporte de nombreuses récompenses, dont le Lion d’argent à la Mostra de Venise.

En 2005, son film « Takeshis' » sort au Japon, arborant une accroche inhabituelle en anglais : « 500 % Kitano – Rien à ajouter ! ». En 2007, il réalise « Glory to the Filmmaker! », suivi en 2008 par « Achille et la Tortue ». Ces trois films forment une trilogie burlesque et autobiographique, dans laquelle « Takeshis' » traite de Takeshi en tant qu’acteur, « Glory to the Filmmaker! » de Takeshi en tant que réalisateur, et « Achille et la Tortue » de Takeshi en tant que peintre.

Son film suivant, « Outrage » (2010), marque un retour au film de yakuza. Il poursuit dans ce genre avec deux suites, « Outrage: Beyond » (2012) et « Outrage: Coda » (2017), tout en réalisant « Ryuzo 7 » en 2015. Il présente enfin « Kubi », au dernier festival de Cannes, où il dépeint un Japon féodal en proie aux guerres et aux machinations politiques des seigneurs locaux.

Pour la musique de ses films, Takeshi a régulièrement fait appel au compositeur Joe Hisaishi, célèbre pour son travail avec le Studio Ghibli.

En août 1994, Takeshi Kitano a été impliqué dans un grave accident de moto qui l’a conduit à l’hôpital. À la suite de cet incident, il a subi une opération chirurgicale majeure visant à rétablir l’usage d’une partie de son corps qui était paralysée. La gravité de ses blessures semble avoir été aggravée par le fait qu’il ne portait pas de casque au moment de l’accident. Par la suite, lors d’une interview, Kitano, qui a toujours eu une fascination pour la mort violente, a évoqué l’idée que cet accident pourrait avoir été une « tentative de suicide inconsciente » en raison de la pression croissante liée à sa carrière en plein essor.

Après son accident de moto, Takeshi Kitano a repris la pratique de la peinture. Son style artistique rappelle celui du célèbre peintre franco-russe Marc Chagall. Les œuvres picturales de Kitano ont été exposées dans des galeries, publiées sous forme de livres, et ont même été utilisées pour illustrer les pochettes de plusieurs albums de musique associés à ses films:

« J’étais saoul, j’étais devenu fou. J’ai foncé et je ne sais pas ce qui s’est passé. Je suis seulement heureux d’être resté en vie : deux mois d’hôpital et la gueule de travers. Lors de ma convalescence, j’étais encore traversé de pensées diaboliques qui me disaient que j’aurais dû mourir, que j’étais trop fou pour continuer à vivre, que je buvais trop. Juste avant l’accident, alors que j’étais célèbre au Japon, tout le monde me disait : «Tu es bizarre, mais qu’est-ce qu’il te manque ?» En fait, la télé et la radio marchaient, mais le cinéma ne fonctionnait pas : aucun Japonais ne me connaissait grâce aux films, seulement par les manzais et les numéros comiques de la télé. Cet accident a changé ma conception de la vie : désormais, je fais tout pour remplir mon temps, pour penser à autre chose : des claquettes (j’ai un très bon numéro), un film par an (un tournage régulier, c’est une sorte d’apprentissage de la «science humaine»), et je lis des livres scientifiques, jamais de romans, des livres sur la bombe atomique, la fission nucléaire, les réserves de plutonium : les sciences dures, cela stimule mon imagination et ma sexualité. En fait, ce sont des choses qu’on apprend au lycée : je reviens à mes premières amours. Je redoute par-dessus tout ces moments d’inactivité où je me mets à penser à ma vie, qui reste une catastrophe.

Traditions, modernité, et regard vers le monde.

L’alternance entre des scènes de violence et des moments de contemplation, la maîtrise des plans fixes, ainsi que la manipulation habile du temps dans la narration, positionnent ce cinéaste à la fois comme un héritier du haïku et un membre éminent de la nouvelle génération d’auteurs asiatiques. Ces réalisateurs portent sur le monde et leur art un regard qui défie les conventions hollywoodiennes. L’influence du haïku sur Takeshi Kitano se manifeste dans plusieurs aspects de son travail cinématographique. Tout d’abord, il y a la brièveté de certaines de ses scènes les plus puissantes. Kitano a la capacité rare de créer des moments poignants en utilisant peu de mots ou même aucun, privilégiant l’expression visuelle et la mise en scène soigneuse pour transmettre des émotions complexes. Ces moments évoquent l’efficacité et la concision du haïku, où chaque mot compte. En effet, une des pattes de Kitano dans la mise en scène est ce coté bref, sur, précis, éphémère dans lequel on peut retrouver la beauté du Haiku, de l’instant qui s’envole, empli de légèreté.

Il puise également son inspiration dans le Bunraku, une des formes du théâtre traditionnel japonais.

Le bunraku, également appelé ningyō jōruri, est un art dramatique japonais datant du 17ème siècle. Il se caractérise par l’utilisation de marionnettes de grande taille, manipulées par des marionnettistes habillés en noir, et accompagnées de narrateurs et de musiciens. Cette forme d’art combine des éléments de drame, de musique et de danse pour raconter des histoires émouvantes et souvent tragiques.

L’une des principales caractéristiques du bunraku est la manière dont il juxtapose des moments de violence brutale avec des scènes de contemplation paisible. Cette alternance entre l’intensité dramatique et la tranquillité poétique est une caractéristique clé du travail de Takeshi Kitano dans ses films. Il s’inspire de la manière dont le bunraku utilise ces contrastes pour créer des moments de réflexion profonde et de tension narrative.

L’une des marques de fabrique de Takeshi Kitano est sa maîtrise du plan fixe. Il utilise souvent des plans longs et immobiles pour capturer des moments d’introspection ou d’anticipation, créant ainsi une tension silencieuse qui contraste fortement avec les scènes d’action frénétique. Cette technique rappelle la précision et la patience requises pour manipuler les marionnettes dans le bunraku, où chaque geste doit être calculé avec soin.

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Bunraku dans « Dolls »

Une autre influence du bunraku sur le travail de Kitano réside dans sa manipulation du temps dramatique. Dans le bunraku, les narrateurs jouent un rôle crucial pour raconter l’histoire et donner vie aux personnages des marionnettes. De même, Kitano utilise fréquemment des narrateurs ou des voix off dans ses films pour guider le spectateur à travers l’histoire et les émotions des personnages. Cette technique ajoute une couche de profondeur narrative à ses films, tout en rappelant le rôle essentiel du narrateur dans le bunraku.

En outre, Takeshi Kitano partage avec le bunraku une fascination pour les moments de violence stylisée. Dans le bunraku, les marionnettistes utilisent des mouvements précis pour représenter des combats et des scènes de bataille, tout en maintenant une esthétique artistique. Kitano adopte une approche similaire dans ses films, où la violence est souvent représentée de manière brute et réaliste, mais aussi esthétiquement, créant ainsi un contraste puissant entre la beauté visuelle et la brutalité des actes.

Son œuvre transcende les frontières culturelles tout en restant profondément enracinée dans l’essence même de la culture japonaise.

A contrario, ses influences sont à la fois plus modernes, notamment avec l’influence du Yakuza Eiga.

Le Yakuza Eiga est un genre qui a émergé dans les années 1960 et 1970, caractérisé par des histoires de gangs criminels, de trahison, de loyauté et de violence. Ces films sont souvent teintés de drame, d’action et d’un sens aigu de la morale. Takeshi Kitano, en tant qu’acteur et réalisateur, a intégré ces éléments dans son propre répertoire cinématographique.

L’une des influences les plus marquantes du Yakuza Eiga sur Kitano réside dans sa représentation des anti-héros. Les films de ce genre mettent en scène des personnages ambivalents, des criminels au cœur parfois douloureux. Kitano, à travers ses rôles d’acteur dans des films comme « Sonatine » et « Hana-bi, » ainsi que ses réalisations telles que « Violent Cop » et « Outrage, » a créé des personnages profondément complexes, auxquels le public peut s’identifier malgré leurs actions parfois violentes et immorales. Cette exploration de la dualité humaine reflète l’esthétique du Yakuza Eiga.

Un autre aspect du Yakuza Eiga qui a influencé Kitano est la manière dont ces films traitent la violence. Dans le genre, la violence est souvent dépeinte de manière brutale et réaliste. Kitano a adopté cette esthétique de violence crue dans ses propres films, créant ainsi des scènes d’action mémorables et visuellement frappantes. Cependant, il les mélange souvent avec des moments de silence et de contemplation, créant ainsi un contraste puissant qui évoque les moments de tension et de calme caractéristiques du Yakuza Eiga.

L’une des marques de fabrique du Yakuza Eiga est la loyauté envers le clan, un thème récurrent qui se reflète également dans l’œuvre de Kitano. Ses films abordent fréquemment les liens entre les personnages, qu’ils soient marqués par la fraternité, la trahison ou la solidarité. Ces thèmes humains fondamentaux sont au cœur de nombreuses histoires du Yakuza Eiga, et Kitano les explore avec profondeur et sensibilité.

Enfin, Takeshi Kitano a également emprunté des éléments stylistiques au Yakuza Eiga, tels que la mise en scène élégante des fusillades, les confrontations dramatiques dans des lieux emblématiques et une utilisation habile de la musique pour renforcer l’atmosphère. Il revisite ces éléments avec sa propre touche personnelle, créant ainsi un style visuel distinctif qui transcende les frontières du genre.

On peut également trouver de nombreuses références occidentales dans le cinéma de Beat Takeshi.

L’une des influences européennes les plus visibles dans le cinéma de Kitano est le mouvement cinématographique du néoréalisme italien. Ce mouvement, qui a émergé après la Seconde Guerre mondiale, se caractérise par sa représentation réaliste de la vie quotidienne et de la classe ouvrière. Kitano s’inspire de cette approche dans des films tels que « Kikujiro » et « A Scene at the Sea, » où il explore la vie des gens ordinaires, mettant en lumière leur humanité et leurs luttes.

Un autre aspect du cinéma européen qui influence Kitano est le cinéma d’auteur français. Les réalisateurs français, tels que Jean-Luc Godard et François Truffaut, ont façonné le cinéma d’art et d’essai, privilégiant la narration non linéaire et l’expérimentation visuelle. Dans « Kikujiro, » Kitano joue avec la structure narrative traditionnelle, créant une histoire qui suit son propre rythme et sa propre logique, tout en explorant les émotions de manière profonde et inattendue s’inspirant ainsi des cinéastes de la nouvelle vague française.

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« Les 400 coups » de François Truffaut

Le cinéma américain a également eu une influence notable sur Kitano, en particulier le cinéma d’action. Il a été reconnu pour ses scènes d’action dynamiques, souvent imprévisibles, qui évoquent des films hollywoodiens tels que « Die Hard » et « Lethal Weapon. » Cependant, Kitano met sa propre touche personnelle en les combinant avec des moments de silence et de contemplation, créant ainsi un contraste saisissant qui caractérise son style unique.

Les films de gangsters américains, tels que ceux réalisés par Martin Scorsese et Quentin Tarantino, ont également influencé Kitano dans sa représentation des milieux criminels et des anti-héros. Dans des films comme « Sonatine » et « Outrage, » il explore la psychologie des personnages criminels, tout en insufflant une tension palpable dans des scènes de confrontation.

Enfin, Kitano s’est aventuré dans des genres cinématographiques populaires aux États-Unis, tels que la comédie et le thriller, en y apportant sa propre sensibilité japonaise. Son film « Getting Any? » est un exemple frappant de sa capacité à jouer avec les conventions cinématographiques occidentales tout en les subvertissant avec un humour décalé et absurde.

Le Maître de la Réinvention Cinématographique

L’une des caractéristiques les plus frappantes de la carrière de Kitano est sa volonté de passer d’un genre à l’autre, défiant ainsi les attentes du public. Il a commencé sa carrière en tant que comédien de stand-up, mais il est rapidement passé à la réalisation de films, notamment dans le genre polar avec des films tels que « Violent Cop. » Cette transition du comique au drame sombre a surpris de nombreux spectateurs, mais elle a également montré la profondeur de son talent.

Kitano ne s’est pas contenté de s’installer dans un seul genre, il a également démontré sa polyvalence en explorant la comédie. Il a la capacité de manier l’humour noir et l’absurdité avec brio. Il a, dans la comédie, démontré son sens de l’ironie et sa capacité à faire rire tout en maintenant un ton subversif.

Le lyrisme est un autre registre que Kitano a habilement incorporé dans son œuvre, se démarquant à la fois par sa délicatesse et par sa poésie. Nombre de ses films dépeignent des moments de calme et de beauté, démontrant la capacité de Kitano à évoquer des émotions complexes au-delà de la simple narration.

Mais ce qui distingue véritablement Kitano, c’est sa capacité à fusionner ces registres de manière inattendue. Dans « Hana-bi, » il mélange habilement la violence brutale avec des moments de tendresse et de mélancolie. Le film raconte l’histoire d’un policier à la retraite qui se lance dans une série de crimes violents pour subvenir aux besoins de sa femme malade. Cette combinaison d’émotions contrastées crée un récit puissant et inoubliable.

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« Hana-Bi »

En jonglant avec les genres et en mélangeant les registres, il a créé une œuvre cinématographique riche et diversifiée, qui se mêle étrangement avec les nombreuses pratiques créatives de l’homme.

Car oui, Takeshi Kitano est bien plus qu’un acteur et réalisateur de renom, c’est également un homme aux multiples talents qui excelle dans diverses autres disciplines artistiques et créatives. En dehors du cinéma et de la comédie, dont voici un apercu.

La Peinture : L’une des passions artistiques de Takeshi Kitano est la peinture.Ses œuvres sont caractérisées par des couleurs vives, des compositions audacieuses et une expression artistique unique. Kitano a exposé ses peintures dans des galeries à travers le monde et a publié des livres d’art présentant ses créations.

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Exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de Peintre à la Fondation Cartier

L’Écriture : Takeshi Kitano est également un écrivain prolifique. Il a écrit des romans et des essais qui reflètent sa pensée profonde et sa perspective unique sur la vie et la société. Ses écrits touchent une variété de sujets, de la créativité artistique à la philosophie, en passant par l’humour et la culture japonaise. Ses livres offrent un aperçu fascinant de son monde intérieur.

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« La vie en gris et rose »

L’Animation : Kitano a également prêté sa voix à des personnages d’animation. Il a notamment doublé le personnage de Zatoichi dans le film d’animation « Kanzen Shouri Daiteioh, » offrant ainsi une nouvelle dimension à ce personnage légendaire du cinéma japonais qu’il a lui même interprété dans le film éponyme.

La Télévision : Outre sa carrière au cinéma, Kitano a été un visage familier à la télévision japonaise en tant que présentateur de télévision. Il a animé et participé à de nombreuses émissions télévisées populaires au Japon, contribuant ainsi à sa notoriété en tant que personnalité médiatique polyvalente. La plus connue d’entre elle reste « Takeshi’s Castle », diffusée au Japon de 1986 à 1990. Elle se caractérise par son concept unique qui combine l’humour, l’absurde et des épreuves physiques délirantes. Dans « Takeshi’s Castle, » un groupe de participants tente de surmonter une série d’obstacles et de défis extravagants pour atteindre le château de Takeshi, défendu par un acteur costumé jouant le rôle du seigneur Takeshi. L’émission a connu un immense succès au Japon et est devenue une référence culte pour les amateurs d’humour excentrique. Elle a également été diffusée dans de nombreux autres pays et est actuellement disponible sur Amazon Prime.

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Takeshi’s Castle

Le Théâtre : Kitano a également exploré le monde du théâtre. Il a travaillé sur des productions théâtrales et a même joué dans des pièces de théâtre au Japon. Son talent de comédien s’est ainsi étendu au-delà du petit et du grand écran.

On peut ainsi acter que Takeshi Kitano demeure une figure majeure du cinéma japonais et mondial, ayant apporté une originalité et une audace artistiques inégalées. Son œuvre cinématographique, caractérisée par des transitions fluides entre les genres, une exploration audacieuse de l’humain et de la violence, ainsi qu’une utilisation novatrice de l’humour noir et de la poésie visuelle, a profondément marqué l’industrie du cinéma. Cependant, son refus des conventions et des compromis a pu parfois créer des films hermétiques ou provocateurs, divisant la critique et le public. Malgré les critiques, Kitano demeure fidèle à sa vision artistique, ce qui fait de lui un artiste singulier. Ses projets futurs et ses perspectives d’évolution restent toujours captivants, car il continue d’explorer de nouveaux horizons créatifs. En fin de compte, ses limites ou ses faiblesses sont inextricablement liées à son intransigeance artistique, qui, bien qu’elle puisse dérouter, est aussi ce qui fait de Takeshi Kitano un artiste touche à tout, complet, nous trainant inexorablement du rire aux larmes, du sang aux fleurs.

Ronin Urbain

Poète, Moodboard Master, Fin tireur. J'aime bien ce qui est vieux, j'aime mieux ce qui est bien.

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